L’androgynie psychologique, l’égalité et la symétrie – une discussion

J’ai discuté avec Joël Crespine par mail.. Nous avons commencé par la notion d’androgynie psychologique… Nous n’avons pas partagé de même avis sur certains points, mais cela a rendu la discussion plus intéressante. Merci Joël 😊🙏

Joël Crespine : La notion d’androgynie psychologique m’inquiète un peu dans les sociétés occidentales. Au risque de passer pour un affreux je pense qu’il faut faire une distinction entre l’égalité et la symétrie. L’égalité entre les hommes et les femmes implique que chacun soit traité de la même façon : absence de violence réciproque, égalité de salaire, droit de vote,… la symétrie consiste à considérer qu’il n’existe pas de différence entre les hommes et les femmes si ce n’est culturelle, inculquée par la société. C’est en fait l’androgynat psychologique. Comment imaginer que les différences physiologiques de tous ordres ne conditionnent pas des natures différentes en matière principalement du rapport à l’enfant. Cela ne veut pas dire que l’un est supérieur à l’autre mais que l’homme et la femmes ne ressentent pas les choses de façon identique. Et c’est très bien, ils se complètent. Il faut travailler à ce que ce complément se passe de façon harmonieuse et heureuse, qu’une femme puisse s’épanouir en tant que femme et un homme en tant qu’homme. Je suis convaincu que nier les différences ne conduira au bonheur de personne. Viser l’épanouissement passe par assumer les différences et réaliser qu’elles sont la clé de l’harmonie.

Ester : Je ne voie pas l’androgynie psychologique comme vous la voyez. Je pense que il y a les caractères dits masculins et féminins dans chacun de nous, quelque soit notre sexe. Si aujourd’hui on dit que ce sont les caractères masculins et féminins, c’est parce qu’effectivement, c’est une construction sociétale par rapport au genre. Par rapport aux sexes et genres, j’avoue que j’aime beaucoup l’idée de la déconstruction et la reconstruction 😊 Je me demande si on applique la méthode d’inversion comme faisait Poullain de la Barre, les caractères dits masculins et féminins seront-ils toujours pareils, comme aujourd’hui?

Par contre, je trouve que votre avis est proche du féminisme différentialiste, que j’adopte actuellement en attendant que l’on parvienne à déconstruire la masculinité et la féminité. 

Joël : Je suis convaincu que l’esprit émerge de la matière et que notre corps produit notre esprit. On pourrait également dire que nous sommes prisonniers de notre chimie. A partir de là, des corps différents produisent des esprits différents. Le problème du différentialisme est qu’on en vient vite à vouloir créer une hiérarchie, en faveur des hommes depuis toujours ou en faveur des femmes depuis peu de temps. Une autre façon de présenter les choses serait de dire qu’il ne faut pas confondre l’égalité, qui consiste à ce que hommes et femmes aient les mêmes droits et qui est indispensable, avec la symétrie, qui voudrait dire que les hommes et les femmes sont semblables à ce que je crois faux.

Ester : Il y a divers courants de féminisme, et les féministes sont également divisés dans leur lutte. Evidemment, on ne peut pas éviter les divergences. Au contraire, elles pourront nous enrichir. Ce que je n’apprécie pas, c’est qu’ils montrent leur désaccord de façon virulente. Parfois même ils insultent. Je trouve cela vraiment dommage. Ainsi que les féministes qui détestent les hommes, je crois qu’ils ignorent que l’objectif est d’éradiquer l’oppression, non d’en créer une autre. 

Depuis des siècles, nous avons déjà associé les caractères masculins aux hommes et les caractères féminins aux femmes. Personnellement, en tant que femme, j’aime trouver les caractères “masculins” chez un homme, je veux dire pour être attiré par cet homme. Certainement, c’est parce que je suis hétéro. Mais je suis convaincue que nous avons le caractère “masculin” et “féminin” en chacun de nous. Ce qui pourrait expliquer l’homosexualité (une partie). 

Par contre, on ne se pose jamais de questions, comme celle de savoir ce qui se passerait si on imposait aux femmes et aux hommes d’inverser les rôles dictés par la société actuelle. Quels caractères pourront émarger de chacun des deux sexes? Je crois que François Poullain de la Barre s’explique beaucoup mieux que moi sur ce sujet. Et on parle toujours de deux sexes, pourtant on ne peut pas nier qu’il y a une partie de la société qui ne se définit pas en homme ou en femme. Que pensez-vous de ce troisième sexe, qui se sent piégé dans un sexe défini par la société, et qui ne se voit ni en homme ni en femme? 

Joël : Comme vous le dites, certains mouvements féministes visent à remplacer une oppression par une autre et cela me choque aussi beaucoup. De façon plus large, il devient difficile d’exprimer une opinion un peu divergente ou de poser des questions sur le sujet et une certaine forme de censure est de retour comme le montre l’annulation de certaines conférences comme celle sur la GPA de Sylviane Agacinski à Bordeaux l’an dernier. Dans un registre plus paisible je remarque qu’autour de moi, la différence entre les hommes et les femmes est de moins en moins reconnue et admise. Il y a quelques mois en région parisienne, une campagne d’affichage sur « l’égalité femme homme » présentait deux demis portraits, d’un côté un homme, de l’autre un femme, dont les différences étaient très peu perceptible. Cela m’est apparu comme une confusion entre égalité et symétrie. Le visage formé était presque symétrique alors que le message portait sur l’égalité. Je pense que c’est une erreur de dire «  il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes, donc ils doivent avoir les mêmes droits ». L’hypothèse de départ est fausse et n’étaye pas voire affaiblit la conclusion. Il serait plus crédible de dire «  les hommes et les femmes sont différents à tel point qu’ils ne peuvent pas se passer les uns des autres. Ainsi, en tant que membre d’une même humanité, ils doivent avoir les mêmes droits ».

Je me souviens qu’Elisabeth Badinter décrivait dans son livre XY les initiations et conditionnements, plus ou moins organisés et explicites selon les sociétés, que les garçons subissent pour  devenir ce qu’elle appelait des « hommes mutilés », c’est à dire ayant perdu leur part de féminité naturelle. Elle concluait à une différence initiale très faible entre les hommes et les femmes. On ne peut nier le poids des sociétés pour différencier les sexes. Cela s’explique par le fait que pour durer et se renforcer, une société doit faire en sorte que les générations se renouvellent et que le nombre de ses membres augmente. Sa morale favorise donc la natalité, condamne les pratiques sexuelles ne permettant pas la procréation et veille à entretenir dans les esprits l’idée d’une différence marquée entre hommes et femmes. Si une partie des différences est construite, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de différences naturelles liées aux différences physiologiques et chimiques.

Comme vous, je pense que le fait que nous ayons tous en nous une part féminine et masculine peut expliquer en partie l’homosexualité. Par contre, je ne suis pas certain que le fait que certaines personnes ne se définissent ni comme des hommes, ni comme des femmes traduise l’existence d’un troisième sexe ou permette d’entrevoir la notion de genre qui s’intercalerait entre le sexe biologique et l’orientation sexuelle. J’avance sur la pointe des pieds car je n’ai pas de connaissance particulière dans le domaine et que ce ne sont là que des sentiments. La question qui me paraît se poser est de savoir si ces personnes sont des exceptions à la binarité ou si leur existence remet en cause la binarité. 

Je vois deux origines à l’émergence de l’hypothèse d’une remise en cause de la binarité (il y en a sûrement bien d’autres) : 

1- l’héritage existentialiste du couple Sartre Beauvoir. En affirmant que chez les humains, l’existence précède l’essence, tout devient le résultat d’un choix. La notion de genre trouve ainsi sa légitimité philosophique. Le problème est que cette théorie séduisante de la liberté n’est étayée par aucun argument scientifique,

2- les notions de genre, de troisième sexe ou de non binarité me semblent avoir été créées par des militants pour répondre à ceux qui leur reprochaient des pratiques sexuelles « contre nature ». Ces nouvelles notions leur permettent de répondre à leur détracteurs : «  nos pratiques sont aussi naturelles que les vôtres puisqu’elles correspondent également à des standards reconnus ». Je m’interroge s’il existe des éléments scientifiques qui fondent ces standards.

Pour ma part, je suis convaincu que l’homosexualité et les autres exception en matière de sexualité sont naturelles. Si elles existent, c’est que c’est par définition elles sont naturelles, minoritaires mais naturelles. Les morales traditionnelles et religieuses les condamnent uniquement parce qu’elles ne permettent pas de procréer et de renforcer la société ou la communauté. Dans une perspective de droit de chacun au bonheur, il me parait normal d’avoir pour elles la plus totale indifférence en ne jugeant pas les gens sur ces critères et en défendant ceux qui sont victimes de discrimination. Je ne suis en revanche pas convaincu par les notions de genre ou de non binarité, faute de preuve scientifiques, et peut-être aussi par méconnaissance du sujet.

Qui tue l’amour?

On me dit, moitié en plaisantant mais aussi il le croit vraiment (enfin je crois 😁), qu’entendre notre partenaire de vie flatuler, le voir se brosser les dents (qu’il bave), entendre les bruits qu’il produit quand il est aux toilettes, tout cela pourra tuer l’amour. 

Je crois que l’amour ne se tue pas par tels comportements. Ce n’est pas parce que l’on fait “prout” ou “plouf” devant lui/elle que l’amour s’éteint.

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Parce qu’il y a une louve en toute femme

Bonjour, 

Cette fois-ci je voudrais juste partager ma joie ^.^

Je suis contente de la publication de mon livre (en indonésien) le mois dernier. Si on traduit en français, le livre s’intitule Il y a une louve en toute femme : la psychologie féministe pour éradiquer la patriarchie

Apparemment les gens trouvent le titre très intéressant. J’espère vraiment que le contenu ne décevra pas et que le livre pourrait vraiment servir dans une société patriarcale telle qu l’Indonésie. 

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A ma fille aînée qui m’a fait devenir mère

Je t’aime d’un amour aussi pur que mon lait qui coula grâce à ta présence en moi

Toi qui es unie à moi,

À partir de cette seconde, je porte une vie dans ma vie

Partout où ces jambes iront, tant que mon cœur bat encore

Je vis pour ta vie, je vis parce que tu vis en moi

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Procès de la genèse d’une représentation sociale

On se familiarise avec l’étrange en traversant deux processus majeurs : ancrage et objectivation. Ils sont souvent décrits comme étapes dont l’un précède l’autre. On n’a pas d’information univoque – on n’est pas d’accord sur ce qui constitue le premier procès.

Dans l’ancrage, on s’efforce à ancrer une idée étrange, la réduire aux catégories et images ordinaires et la mettre dans un contexte familier. Cette idée étrange et dérangeante est introduite à notre système de catégories et comparée au paradigme d’un catégorie que l’on estime y convenir (Moscovici, 2000). 

L’objectivation parle de la transformation de l’idée abstraite par le groupe en forme concrète. Elle concerne également l’élaboration des connaissances de l’objet de la représentation. Si l’ancrage emprunte l’idée de l’assimilation, l’objectivation emploie le contraste. Si dans le procès d’ancrage, la nouvelle idée est ancrée à l’ancienne, l’objectivation distingue la nouvelle de l’ancienne. L’objectivation correspond à une matérialisation de l’objet de la représentation alors que l’ancrage permet de lui affecter une fonction sociale (Moscovici, 1961). 

Ancrage 

Selon Moscovici, l’expérience inconnue produit ce qu’il appelle fracture ou fissure dans les perceptions du groupe. Cette fissure incite la curiosité les membres du groupe et les encourage à saisir ce concept inconnu. McKinlay et Potter (1987) expliquent davantage que l’être humain a un désir inné pour comprendre le monde. S’il est confronté à une expérience nouvelle, inconnue, il l’assimilera prévisiblement, à ses connaissances existantes.

L’ancrage se fait effectivement par assimilation. Pour faire face à l’inconnu, on l’absorbe avec l’aide des représentations sociales préexistantes, les concepts, les croyances et les images avec lesquels un lien familier a été déjà développé. Un savoir nouveau est donc assimilé aux savoirs connus. D’une part, comme l’affirme Adrian Bangerter (2013) l’ancrage consiste donc en une réduction d’un savoir nouveau à un savoir connu. Cependant, l’opération d’ancrage permet de l’appréhension de ce qui est nouveau. 

Cette mise en correspondance, par centration sur la ressemblance, réalisée dès la première phase de l’ancrage avec d’autres objets plus familiers, facilite l’appropriation de l’objet de représentation. Il en est ainsi par exemple lorsque les individus construisent une représentation d’Internet par analogie avec le Minitel (cf. Moliner et al. 2002) ou lorsqu’ils construisent une représentation des O.G.M par mise en correspondance avec « L’E.S.B » ou maladie de « la vache folle » (Salès-Wuillemin, Bromberg, 2004). 

Lors de la deuxième étape de l’ancrage, les informations possédées sur les autres objets vont être ré utilisées pour alimenter la représentation permettant l’assignation d’une signification à l’objet. Parallèlement, le rôle de cet objet, son utilité sociale, pourra être déterminé, ce qui permettra lors de la troisième étape, une intégration cognitive au sein du système de représentation. Cette intégration aboutira à une transformation bidirectionnelle de la représentation de l’objet nouveau et des autres objets constituant le système de représentations préexistantes. 

Le processus de l’ancrage se réalise notamment en classant des objets, des événements, des personnes (classifier) et en leur donnant un nom (nommer). Les autres mécanismes pourront se faire également tels que nommer, l’ancrage émotionnel, l’ancrage antinomique, via thématas, via métaphore, etc…. 

Objectivation

Comme expliquait Moscovici, l’objectivation correspond à une matérialisation d’un objet de la représentation. Elle chosifie les notions abstraites en les transformant en images plus concrètes. Elle se fait en trois étapes : (a) sélection et dé-contextualisation, (b) formation d’un schéma figuratif et (c) naturalisation. 

Elle passe par une mise en contraste de l’objet par rapport aux autres objets sociaux, ce qui se traduit par une mise en saillance de ses traits spécifiques. C’est ce qui apparaît de manière très nette lors de la première étape de ce processus, la sélection et dé-contextualisation (Salès-Wuillemin, 2007). 

La sélection et dé-contextualisation conduisent à la formation d’un schéma figuratif, le noyau essentiel de la représentation. Il est constitué d’un agencement qui contient, d’une part, une condensation des éléments d’information et, d’autre part, une omission des aspects les plus conflictuels. Dans cette étape, on ne conserve que ce qui est homogène et qui fait sens pour le groupe (Salès-Wuillemin, 2007). Les divers éléments retenus sont organisés et intégrés en une élaboration saisissable, imagée et cohérente, permettant de concrétiser une entité abstraite (Moscovici, 1986). Une structure imageante de l’objet est à ce stade constituée.

La naturalisation rend donc compte de l’utilisation des représentations sociales dans la vie courante. Ainsi dans cette phase les éléments des représentations deviennent la réalité.

Blessée par la « nature » des hommes

Ils furent là, toujours débuts, avec deux petites amourettes, contentes de trouver un tourniquet 

Elle le regarda, heureuse, avec gratitude 

“Dieu merci, mon mari est formidable”

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Conflit conjugal, une notion culturelle – part 2

Étudier une représentation sociale, selon Abric (2003), implique, en premier lieu, de s’interroger sur ses éléments fondamentaux constitutifs de son noyau central. Tous les éléments de la représentation n’ont pas la même importance. Certains sont essentiels, d’autres importants, d’autres, enfin, secondaires.

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A mon père, qui m’a fait de moi une femme libre

A toi mon père

Qui ne m’as jamais conduit à l’autel

Dont le gendre ne t’a jamais demandé la main de ta fille

Non, tu ne lui l’as jamais offerte

J’entends toujours Gibran que tu as cité : je ne t’appartient pas, je suis à moi 

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Conflit conjugal, une notion culturelle – part 1

Les violences conjugales sont des conflits conjugaux, c’est une opinion bien partagée par les Indonésiens. S’il existe le groupe polémique, il n’est que minoritaire. 

Il y a dix ans*, les Indonésiens ne connaissaient pas encore les « violences conjugales».  C’est la promulgation de l’UU PKDRT qui fit entrer ce mot dans la société indonésienne. Désormais, les victimes osent en parler, demander de l’aide, de porter plainte.

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Les cinéraires, une nostalgie

Toi et moi, nous dansons sur les vestiges

Nous balançons les jambes fatiguées sur les ruines éparses

Nous nous sommes rencontrés dans la douleur du chagrin, dans les lambeaux du passé

Dans l’incompréhension de soi, nous nous sommes déchirés, nous avons blessé ceux qui nous aimaient et que nous aimions

Mais je savoure tous les saveurs qui sont en toi

Je touche le fond du fond de ton cœur

Et tu pénètres au plus intime de mon âme

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