Procès de la genèse d’une représentation sociale

On se familiarise avec l’étrange en traversant deux processus majeurs : ancrage et objectivation. Ils sont souvent décrits comme étapes dont l’un précède l’autre. On n’a pas d’information univoque – on n’est pas d’accord sur ce qui constitue le premier procès.

Dans l’ancrage, on s’efforce à ancrer une idée étrange, la réduire aux catégories et images ordinaires et la mettre dans un contexte familier. Cette idée étrange et dérangeante est introduite à notre système de catégories et comparée au paradigme d’un catégorie que l’on estime y convenir (Moscovici, 2000). 

L’objectivation parle de la transformation de l’idée abstraite par le groupe en forme concrète. Elle concerne également l’élaboration des connaissances de l’objet de la représentation. Si l’ancrage emprunte l’idée de l’assimilation, l’objectivation emploie le contraste. Si dans le procès d’ancrage, la nouvelle idée est ancrée à l’ancienne, l’objectivation distingue la nouvelle de l’ancienne. L’objectivation correspond à une matérialisation de l’objet de la représentation alors que l’ancrage permet de lui affecter une fonction sociale (Moscovici, 1961). 

Ancrage 

Selon Moscovici, l’expérience inconnue produit ce qu’il appelle fracture ou fissure dans les perceptions du groupe. Cette fissure incite la curiosité les membres du groupe et les encourage à saisir ce concept inconnu. McKinlay et Potter (1987) expliquent davantage que l’être humain a un désir inné pour comprendre le monde. S’il est confronté à une expérience nouvelle, inconnue, il l’assimilera prévisiblement, à ses connaissances existantes.

L’ancrage se fait effectivement par assimilation. Pour faire face à l’inconnu, on l’absorbe avec l’aide des représentations sociales préexistantes, les concepts, les croyances et les images avec lesquels un lien familier a été déjà développé. Un savoir nouveau est donc assimilé aux savoirs connus. D’une part, comme l’affirme Adrian Bangerter (2013) l’ancrage consiste donc en une réduction d’un savoir nouveau à un savoir connu. Cependant, l’opération d’ancrage permet de l’appréhension de ce qui est nouveau. 

Cette mise en correspondance, par centration sur la ressemblance, réalisée dès la première phase de l’ancrage avec d’autres objets plus familiers, facilite l’appropriation de l’objet de représentation. Il en est ainsi par exemple lorsque les individus construisent une représentation d’Internet par analogie avec le Minitel (cf. Moliner et al. 2002) ou lorsqu’ils construisent une représentation des O.G.M par mise en correspondance avec « L’E.S.B » ou maladie de « la vache folle » (Salès-Wuillemin, Bromberg, 2004). 

Lors de la deuxième étape de l’ancrage, les informations possédées sur les autres objets vont être ré utilisées pour alimenter la représentation permettant l’assignation d’une signification à l’objet. Parallèlement, le rôle de cet objet, son utilité sociale, pourra être déterminé, ce qui permettra lors de la troisième étape, une intégration cognitive au sein du système de représentation. Cette intégration aboutira à une transformation bidirectionnelle de la représentation de l’objet nouveau et des autres objets constituant le système de représentations préexistantes. 

Le processus de l’ancrage se réalise notamment en classant des objets, des événements, des personnes (classifier) et en leur donnant un nom (nommer). Les autres mécanismes pourront se faire également tels que nommer, l’ancrage émotionnel, l’ancrage antinomique, via thématas, via métaphore, etc…. 

Objectivation

Comme expliquait Moscovici, l’objectivation correspond à une matérialisation d’un objet de la représentation. Elle chosifie les notions abstraites en les transformant en images plus concrètes. Elle se fait en trois étapes : (a) sélection et dé-contextualisation, (b) formation d’un schéma figuratif et (c) naturalisation. 

Elle passe par une mise en contraste de l’objet par rapport aux autres objets sociaux, ce qui se traduit par une mise en saillance de ses traits spécifiques. C’est ce qui apparaît de manière très nette lors de la première étape de ce processus, la sélection et dé-contextualisation (Salès-Wuillemin, 2007). 

La sélection et dé-contextualisation conduisent à la formation d’un schéma figuratif, le noyau essentiel de la représentation. Il est constitué d’un agencement qui contient, d’une part, une condensation des éléments d’information et, d’autre part, une omission des aspects les plus conflictuels. Dans cette étape, on ne conserve que ce qui est homogène et qui fait sens pour le groupe (Salès-Wuillemin, 2007). Les divers éléments retenus sont organisés et intégrés en une élaboration saisissable, imagée et cohérente, permettant de concrétiser une entité abstraite (Moscovici, 1986). Une structure imageante de l’objet est à ce stade constituée.

La naturalisation rend donc compte de l’utilisation des représentations sociales dans la vie courante. Ainsi dans cette phase les éléments des représentations deviennent la réalité.

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