Qu’est-ce qu’une victime?

 

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En interrogeant 48 professionnels français et 76 professionnels indonésiens qui prennent en charge des affaires des violences conjugales dans chaque pays (forces de l’ordre, magistrats, avocats, psychologues, conseillers juridiques, et assistants sociaux), nous avons appris que la réponse à cette question dépend du groupe de professions auquel nous appartenons. 

Il n’est pas facile pour une victime de venir à l’association d’aide aux victimes pour raconter sa vie douloureuse. Il faut qu’elle soit très motivée. En plus le lieu où se situent ces associations étant presque inaccessibles notamment en Indonésie (il est plutôt isolé, difficile à repérer, loin de tout). 

La personne y venant est donc a priori celle ayant vraiment besoin d’aide, ce qui se perçoit réellement en pratique. Jamais les travailleurs sociaux interrogés dans cette étude n’ont rencontré une personne se disant à tort victime. A la limite et cela arrive très rarement, soit elle est une victime hystérique, dont l’hystérie est un effet des violences subies, soit elle s’implique dans une relation pathologique avec son compagnon. 

Les travailleurs sociaux n’étudient jamais la véracité de la qualité prétendue de victime de la personne qui les appelle à l’aide. Estimer la crédibilité de la personne en tant que victime constitue une action étrangère à leurs fonctions. Ce qu’il est attendu de leur profession, c’est de pouvoir entendre, comprendre, aider et agir avec les victimes en prenant en compte leurs situations singulières. Pour cela, l’accueil de la victime doit impulser une dynamique positive en sa faveur (Bouquet & Dubasque, 2010). 

Il est donc primordial de pratiquer l’écoute de la « victime » en ne mettant pas sa parole en doute. Ainsi une confiance aveugle dans la « victime » est-elle exigée des travailleurs sociaux. Hormis la conservation en état d’éveil de leur vigilance à l’égard des propos qu’elle soutient, il leur arrive souvent d’éclairer la victime sur son statut, sur la certitude qu’elle endure des violences dont elle n’a jamais soupçonnées leur existence ou osé les nommer ainsi.

Dès lors, ce groupe de professions définit la victime comme une personne qui déclare subir des violences. La justice pour ce groupe se fonde sur une confiance absolue dans la victime. Il revendique que les professionnels de la justice doivent appliquer le même principe. Ceux-ci doivent entendre la victime, comprendre ses souffrances et avoir de l’empathie pour elle. Selon ce groupe, cette faculté de compréhension exacerbée a pour vocation de transmettre le sentiment de justice aux victimes. Une opinion que les professionnels de la justice ne partagent pas.  

Vous pouvez télécharger dans cette bibliothèque la suite de l’article.

2 commentaires sur « Qu’est-ce qu’une victime? »

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