Thêmata au cœur des représentations sociales

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En amenant le concept de thêmata dans la théorie des représentations sociales, selon Markova (2015), Moscovici suppose que les thêmata scientifiques proviennent du sens commun. Ainsi, il relie deux formes de pensée : scientifique et sens commun.

Il considère les thêmata essentiels. Il les situe au cœur des représentations sociales. C’est la structure profonde, la base des représentations sociales, déclare-t-il (2011). Ils ont un pouvoir génératif ainsi que normatif dans la formation d’une représentation.

Pour lui, les contenus structurés et la genèse des représentations sociales sont interdépendants. C’est les thêmata qui lient cette interdépendance. 

Il ne faut pas confondre les thêmata avec le noyau central. Abric pense qu’il y a des recoupements entre les thêmata et le noyau central. Liu  (2004) rappelle que les thêmata sont plus que le noyau central pour deux raisons.

Premièrement, les thêmata sont les dyades ou triades antithétiques dont les composants sont dialectiquement interdépendants, ce qui n’est pas le cas pour les éléments centraux qui constituent le noyau central. Deuxièmement, et probablement le plus important, les thêmata et le noyau central ne se fondent pas sur la même épistémologie. 

Rappelons que ce qui a motivé Moscovici à trouver la structure profonde (: thêmata) des représentations sociales, c’est parce qu’il voulait concilier les hypothèses du modèle structural et socio dynamique. Il estime fondamentale de déceler la structure en préservant la nature de base des représentations sociales : son caractère dynamique.

La contribution de la théorie du noyau central du modèle structural est effectivement indéniable. Par contre, elle est basée sur l’hypothèse, en empruntant Liu, atomistique. Elle ‘décrit’ les représentations sociales en éléments ; Liu considère cette façon comme réductrice. En explorant les thêmata générateurs d’une représentation, Moscovici montre comment voir la structure d’une représentation sociale de façon non reductive. 

Pendant toute l’histoire de la psychologie, comme le suggère Searle (in Liu, 2014), il existe toujours une opposition entre conviction supposant que le progrès doit être fait par une observation rigoureuse des comportements manifestes et celle supposant que ces observations ont de valeurs seulement si elles révèlent une loi sous-jacente mais non apparente.

Le béhaviorisme adopte la première conviction et la psychanalyse la dernière. Selon Liu, on peut trouver la même tension dans l’étude des représentations sociales : le noyau central en premier et les thêmata en dernier. 

Moscovici a présenté la notion de thêmata trois décennies après son premier travail sur representations sociales. Or, Jesuino (in Markova, 2015) remarque que l’on peut trouver déjà l’ancêtre de thêmata dans le premier ouvrage de Moscovici.

Comme abordé précédemment, ce sont les notions dyadiques en tension tels que individu-groupe, personnalité-culture, etc. qui servent de base à la théorie des représentations sociales.

Markova suppose qu’il voulait avant tout se familiariser avec le travail de Gerald Holton. Cependant, à certains égards il a des réflexions similaires depuis le début de sa carrière en psychologie sociale. 

Probablement, Moscovici arrive au concept de thêmata car lui et Holton partagent la même idée de base. Tous les deux pensent de façon hors normes ; non conventionnelle. Ils brisent la loi ou en empruntant Holton, ils prennent une direction dangereuse.

Moscovici relève l’importance du sens commun qui a été et est toujours sous-estimé. Il le met même comme la base de la psychologie sociale. Les scientifiques n’y adhèrent pas. 

Holton est contre la division traditionnelle entre la science et non science qui met la science en position supérieure à la non science. Il critique la point de vue simpliste que la science est empirique et analytique lorsque la non science telle que littérature et art est esthétique, qualitative ou mythique.

En postulant les thêmata qui sont implicites et ne sont pas observable ni mesurable objectivement, il prend le risque d’être rejeté par les scientifiques. En plus, il accentue que les thêmata n’appartiennent pas uniquement au monde des sciences mais ils servent de base à la pensée humaine en général.

Moscovici et Holton emploient une perspective dynamique et holistique dans la conception de leur théorie. Ils se refusent à catégoriser le monde.

Holton argue que c’est la pensée en opposition qui permet la créativité humaine et amènera aux découvertes. Aussi convaincu que Holton, Moscovici conclut que la tension entre ces oppositions est la source de développement de la théorie de la psychologie sociale.

Contrairement aux sciences physiques, le nombre des thêmata dans le sens commun sont potentiellement sans limite. Dans la société, les oppositions dyadiques proviennent de régularités dans la vie ; ils peuvent avoir le caractère social tels que ami-ennemi, biologique tels que naissance-mort, ou psychique tels que chaleur-froideur.

En raison de ses natures répétitives et uniformes, ils sont donc incorporés dans la culture et l’histoire (Vico, Husserl, Lindenberg, in Markova, 2015). Dans la communication et la vie quotidienne, on peut apercevoir les thêmata : leur uniformité, régularités, répétitions et constances. Ils se transmettent sans réflexion des parents aux enfants de génération en génération. 

Les thêmata, par leur nature oppositionnelle et taxinomique, constituent le sens commun et par conséquent les représentations sociales. Ils nous ramènent aux antinomies de la pensée.

Markova affirme que la pensée est antinomique de nature. Par contre, tous les antinomies ne sont pas automatiquement thêmata. Ils se transforment en thêmata au cours de certains événements historiques ou sociaux où ils deviennent le centre d’attention en tant qu’une source de tension et conflit.

Pendant ces événements, ils entrent dans les discours publics : on les problématise puis les thématise. Ainsi ils génèrent les représentations sociales relatives au phénomène en question.

Liée à cette idée, Markova évoque le terme proto-thêmata. Ce sont des catégories relationnelles plus basiques, les sources d’idées plus élémentaires (2007). Ils sont profondément enracinés dans la pensée humaine et présupposés dans les discours.

Ils ne sont pas directement exprimés dans le langage mais ils y sont présents. Ils sont dormants, en état de potentialités de sens/significations. Ils seront activés dans la communication lorsqu’ils sont problématisés et remplissent dans ce cas là leur fonction des thêmata. 

Flament et Rouquette (2003) utilisent le terme “thêma canonique” pour décrire un proto-thema. Holton lui-même depuis le début emploie le mot archaïque pour décrire les thêmata.

Il nomme les thêmata archaïques pour deux raisons : (a) ils sont présents dans l’homme dès sa petite enfance et (b) ils sont également présents aux aubes de l’histoire (in Heritier, 2009).

Les thêmata cités précédemment tels que simplicité-complexité, analyse-synthèse, symétrie-asymétrie sont bien archaïques ainsi que continu-discontinu, fini-infini, identique-différent, …. 

Dans le sens commun, on peut qualifier certains thêmata de proto-thema ou thema canonique :  masculin-féminin, ego-alter, réel-idéal, … Pour Héritier, le genre (masculin-féminin) est le thêma le plus important, il se trouve au fondement de la pensée traditionnelle et scientifique (Héritier, 2009).

Markova constate que le thêma ego-alter est toujours dans le centre de discours quotidien. Le thêma réel-idéal est aussi une opposition majeure selon Gamby-Mas, Spadoni-Lemes et Mariot (2012) qui sous-tend la représentation de tout objet social. 

La structure de thêmata s’appuie sur une chaîne de quelques thêmata. Ils constituent des portions de connaissance ou de croyances qui sont partagées par les individus sans les remettre en question. Il peut s’agir de croyances, de maximes, de définitions sociales, de catégories ou d’exemples symboliques.

REPRESENTATIONS SOCIALES-UNE INTRODUCTION

Photo : Jill Heyer @ unsplash.com

 

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