Psychologie et loi, leurs différences ?

Craig Haney (1980, in Kapardis) constate qu’il existe des sources du conflit entre la psychologie et la loi. Les deux disciplines estiment qu’elles ne pourraient jamais collaborer efficacement. Les suppositions et les méthodes adoptées par les disciplines sont contradictoires. Ce conflit, selon Ogloff et Schuller (2003), bloque la croissance de la psychologie légale dans une certaine mesure. 

La loi est idiographique, la psychologie elle est nomothétique, dit Haney en représentant l’opinion générale à l’égard de la différence entre les deux. La loi examine les cas individuels : individu par individu, la psychologie elle, les cas collectifs. La psychologie souhaite trouver un modèle s’appliquant à la population. Elle vise à généraliser un groupe, plus il est important, meilleur il sera. Cette opinion se fonde sur des études psychologiques qui utilisent l’approche quantitative et emploient des techniques statistiques qui cherchent le moyen. 

Or, la psychologie utilise également l’approche qualitative qui se focalise à l’individualité d’être humain. La psychologie étudie non seulement l’uniformité d’êtres humains mais aussi leur diversité. De plus, la psychologie clinique est plutôt idéographique, fait reconnu finalement par Haney (in Carson, 2003). Allport, l’un des théoriciens de la personnalité dit que chacun a des traits centraux qui le distinguent des autres (in Feist & Feist, 2006). 

Dans la pratique, la différence entre la psychologie et la loi sur ce point n’est pas si rigide que l’on imagine. Dans le cas d’une manifestation anarchique, la loi pourrait se faire aider par l’explication psychologique sur la dynamique de groupe. Cette dernière va également bien influencer la prise de décision de juges ou jurys. D’un autre côté, la loi sert à réguler les comportements d’individus dans la société. Distinguer alors la loi et la psychologie sur cet aspect n’est donc pas approprié.  

Haney déclara que la loi est prescriptive car elle régule les comportements d’être humain. La psychologie, selon lui, est plutôt descriptive car elle explique les comportements. Carson (2003) anéantit cette contradiction de manière très intéressante. Selon lui, Haney a fondé son opinion sur la perspective limitée mais prétend qu’elle représente tout. 

La prescription implique de dire à quelqu’un de faire ce qu’il devrait faire. La description implique simplement de noter ce que quelqu’un a fait. Les psychologues font-ils seulement de la description ? Ne font-ils que de décrire ce que leurs clients ont fait ?

Carson affirme que les psychologues, explicitement ou implicitement, recommandent à leurs clients de faire quelque chose. Ils leur parlent aussi des stratégies pour gérer leurs symptômes, contrôler leur colère, répondre à leurs enfants.

Il suggère qu’il faudrait reconnaître que la psychologie implique aussi la prescription. Il affirme même que si tel n’est pas le cas ; si la psychologie ne prescrit jamais rien, engager des psychologues n’a pas d’importance (p.15). 

L’attestation d’un psychologue pourrait servir de base aux juges pour décider qu’un enfant devrait être enlevé à un parent pour l’autre parent. Le policier applique alors cet ordre, ordre non donné par les psychologues mais dont ils sont la cause. 

A cet égard, Yarmey a eu raison en disant que la psychologie et la loi, les deux s’appliquent à prédire, expliquer et contrôler les comportements humains (in Kapardis, 2003). De plus, si on revoit l’opinion d’Haney, affirme-t-il qu’en effet la psychologie et la loi mettent les comportements humains comme base de leur étude ? 

Carson (2003) critique aussi une autre différence présumée entre la loi et la psychologie. La loi se focalise sur le passé, sur les faits menant quelqu’un à la procédure judiciaire. Les avocats vont arguer en se référant aux cas précédents /aux jurisprudences. La psychologie regarde vers l’avenir ; elle prédit. 

Mais encore une fois, même si cette distinction est attrayante en apparence, selon Carson, elle n’est pas correcte. Pour que les psychologues puissent prendre la décision pour leurs clients, ils doivent examiner aussi le passé de ces derniers. Les psychologues doivent connaître les violences précédentes commises par leurs clients pour évaluer la probabilité des violences répétées. Les avocats consacrent du temps pour regarder dans l’avenir : la rédaction du contrat est bien une tentative de contrôler l’avenir. 

A propos des jurisprudences, Haney (1980) ne les regarde pas comme le problème du passé contre celui de l’avenir. Par contre, il considère que l’accent de la loi est stare decisis et celle de la psychologie est la créativité. Les psychologues sont encouragés à explorer les nouvelles idées en faisant des recherches. Il semble que Haney a oublié que les « créatives jurisprudences » sont parfois créées par des juges.  

Haney reconnut que ces distinctions sont en effet simplistes de manière excessive (in Ogloff & Schuller, 2003). Carson ajoute que ces distinctions ne sont que des suppositions qui paraissent valides mais ne le sont pas. Cependant, la psychologie et la loi adoptent toujours ces suppositions. 

En Indonésie par exemple, même si le domaine judiciaire commence à accepter la présence de psychologues, les deux disciplines trouvent que ces distinctions forment un obstacle pour une osmose entre les deux (Poerwandari et Lianawati, 2010). 

La loi est dichotomique, la psychologie apprécie la relativité. La loi divise le monde en deux catégories, telles que oui ou non, normal ou anormal, enfant ou adulte, innocent ou coupable, etc. Cette contradiction s’accroît par les deux disciplines. 

Selon Carson, la dichotomie n’appartient pas seulement au champ judiciaire. Tout le monde doit prendre une décision, même les psychologues : ce patient doit-il subir ce traitement, à qui cet enfant doit-il être confié ?…  

Jusqu’à là, Carson a raison. Cependant, il faut tout de même aller en profondeur ce que l’on entend par cette distinction. 

De ses riches expériences comme expert judiciaire, Viaux (2011) constate que les juges posent souvent une question à répondre par oui ou non. Pourtant, les psychologues ne peuvent pas limiter leurs réponses à « oui et non » car il faut prendre en compte beaucoup de circonstances, la réponse est donc entre « oui et non »….

 

3 commentaires sur « Psychologie et loi, leurs différences ? »

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