Représentations collectives vs sociales : Cinq critiques envers le concept des représentations collectives

Il y a au moins deux choses en commun que l’on peut trouver dans un nombre d’articles sur les représentations sociales que cet article estime nécessaires d’éclairer.

Premièrement, ils présentent d’abord la notion de représentation et tracent les études réalisées sur ce sujet avant l’ère de représentations sociales. Ils considèrent que le travail de Moscovici sur les représentations sociales appartient à ces études, que son but original est d’étudier la représentation.

Deuxièmement ils présentent la théorie de représentations collectives en disant que Moscovici l’a reprise consciemment et l’a transformée en représentations sociales. 

Cet article voudrait éclairer le fait que la théorie des représentations sociales est née lors d’une recherche de Moscovici sur la transformation du savoir expert : ( science, connaissance scientifique) en savoir profane : (sens commun, connaissance populaire).

Le sens commun a été son intérêt principal, il l’a considéré comme matière de la psychologie sociale. Son but depuis le départ est de définir la rationalité de la connaissance populaire et non d’étudier la représentation comme le prétendent certains articles. C’est lors de l’analyse des données que le concept de représentation a surgi, renforcé par sa lecture profonde sur Piaget qui l’a amené aussi à cette notion. 

On associe aussi automatiquement les représentations sociales aux représentations collectives. On pense qu’il s’agit ici d’une reprise mécanique et consciente de cette théorie.

Lors d’un dialogue avec Markova, Moscovici explique le contraire, il a repris l’héritage de Durkheim sans en avoir vraiment conscience. Il s’intéressait beaucoup à Piaget qui avait puisé un bon nombre de ses visions théoriques auprès de Durkheim. Il a reconnu que Durkheim joue un rôle plus ou moins important pour développer ses théories.  

Il n’avait pas lu sérieusement la théorie de Durkheim jusqu’aux années 1980. Par contre, il avait lu les représentations collectives et individuelles lors du développement de la théorie des représentations sociales.

Il avoue avoir trouvé une inspiration en se basant sur la notion de Durkheim. Il s’y est référé pour définir la rationalité de connaissance populaire. Cependant, il n’a pas l’intention d’intégrer la notion de Durkheim à la psychologie sociale. 

Nikos Kalampalakis (2013) qui a réuni les textes inédits de Moscovici sur les représentations sociales explique dans sa préface que la réintroduction des apports durkheimiens dans la théorie des représentations sociales n’est pas facilement déductible.

Certes, Moscovici adopte la notion de représentation collective. Cependant, il ne s’agit pas d’une adoption non critique de la sociologie durkheimienne dans son ensemble (p.9, 2013). Selon Kalampalakis, en empruntant Duveen, Durkheim est un ancêtre ambigu de la théorie des représentations sociales. 

Effectivement, en lisant Moscovici, on découvrira qu’il n’est pas toujours d’accord avec Durkheim. Il donne même l’impression que la théorie des représentations sociales est une critique des représentations collectives.

On trouve au moins cinq critiques de Moscovici envers le concept des représentations collectives de Durkheim.

Premièrement, aux yeux de Moscovici, elles sont monolithiques et statiques. Il les trouve semblables au Stoïcisme. Il les compare aux couches de l’air stagnant dans une atmosphère que l’on peut couper avec un couteau (Moscovici & Duveen, 2000, p. 32).

Alors qu’il voit le caractère mobile et circulant des représentations ; il voit leur plasticité. Pour lui, les représentations sont des structures dynamiques qui fonctionnent sur un assemblage de relations et de comportements apparaissant et disparaissant ensemble. 

Deuxièmement, Moscovici regarde les représentations collectives comme produits des sociétés primitives. Elles sont des vestiges que l’on trouve au sous sol de notre culture des périodes préhistoriques, dit il.

Tandis que selon lui, les représentations appartiennent à notre société actuelle, notre sol humain, politique, scientifique qui ne permettent pas leur propre sédimentation de devenir des traditions immuables. Ainsi, il crée des représentations sociales dynamiques et évolutives à l’image des sociétés modernes. 

Troisièmement, les représentations collectives sont un moyen explicatif (explanatory device), elles sont irréductibles par d’autres analyses tandis que les représentations sociales sont des phénomène que l’on doit décrire et expliquer. Les représentations collectives sont mécaniques dont on ne connaît ni structure ni dynamique. Les représentations sociales, au contraire, sont et doivent être décrites et expliquées.

Quatrièmement, Moscovici pense que les représentations collectives sont trop hétérogènes. En effet, elles comprennent tout le champ de formes intellectuelles y compris science, mythe, religion, modalité de temps et d’espace, etc. Elles se réfèrent à une catégorie générale d’idées et de croyances. Toute idée, émotion et croyance qui se produisent dans la communauté sont incluses.

Il conçoit donc les représentations sociales comme phénomène spécifique relatif à un mode particulier de la compréhension et de la communication, un mode qui crée la réalité et le sens commun. 

Cinquièmement, c’est le dernier point mais non des moindres, il s’agit d’une critique plus profonde : Durkheim aligne les représentations en dichotomie, en opposant individuel et collectif, personne et société, stable et instable.

Il assigne les faits à ces deux univers différents, l’un requiert l’explication psychologique et l’autre sociologique. Selon Moscovici, cette séparation est peut-être inévitable pour affirmer l’autonomie de la nouvelle science. 

Il souligne que si la psychologie sociale fait cette distinction, elle s’empêche de voir la relation entre individu et collectivité. Il affirme qu’il faut se sortir de cette dichotomie. On ne doit pas choisir entre l’entité sociale et l’individuelle car chacune a deux notions. L’entité sociale est plus que la somme de ses parties et l’entité individuelle consiste en des attributs psychologiques internes mais aussi réagit aux stimulis externes. 

Selon lui, les conceptions de Durkheim laissent très peu de places à la question de l’interaction entre individuel et collectif. Il propose de replacer le terme “représentation collective” par “représentation sociale”.

Ce nouveau terme, estime-t-il, correspond parfaitement à la société d’aujourd’hui qui est toujours en changement. Il trouve que ce terme est aussi plus pertinent en raison de pluralité des représentations qui existent dans le milieu public contemporain. A propos de ce sujet, on parlera de la polyphasie cognitive et les types de représentations. 

Patrick Rateau, Pascal Moliner, Christian Guimelli et Jean Claude Abric (2012) ont remarqué deux changements fondamentaux dans le concept de représentations sociales de Moscovici par rapport aux concepts de Durkheim.

Premièrement, Moscovici considère que les représentations ne sont pas le produit de la société dans son ensemble mais les produits des groupes sociaux qui construisent cette société. 

Deuxièmement, il se focalise sur les procès de communication qui permet l’émergence et la transmission de représentations sociales. A travers de la communication, les croyances individuelles peuvent être l’objet du consensus en même temps les croyances collectives peuvent s’imposer sur l’individu. 

Veuillez trouver ici un texte complet :

REPRESENTATIONS SOCIALES-UNE INTRODUCTION

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