Cybernétique et l’échelle de Gutmann comme ressources intellectuelles de la théorie de représentations sociales

Après la guerre, un nouveau domaine interdisciplinaire, cybernétique, est apparue. Il s’agit d’une étude scientifique du contrôle de l’information et de la communication chez les animaux et les machines. Elle réoriente l’intérêt des sciences sur les investigations des systèmes et leurs structures.

L’information et de la communication sont re-conçues comme mécanismes essentiels d’organisation dans les domaines comme la sociologie et l’anthropologie qui vont au delà de l’étude de l’individu dans sa communauté.

Norbert Wiener, fondateur de cette inter-discipline, met en contraste le concept de “structuredness” et “formness” dans la cybernétique avec les concepts d’éléments ou des stimulis et autres qui prévalent  dans les approches béhavioristes sur la communication à cette période là.

Moscovici est absolument d’accord avec lui pour orienter la pensée vers l’idée holistique de gestaltisme, systèmes, structures et communications contrairement aux approches théoriques qui se concentrent sur les éléments mentaux et comportementaux.

Wiener argumente que l’on ne comprendra pas les communautés sans une exploration approfondie de moyens de communication dans les systèmes sociaux. Il s’intéresse davantage aux modèles et aux configurations dans les systèmes et dans la communication qu’à la formule linéaire de la communication comme qui parle à qui et quel est l’effet.

Il démontre que les individus ne créent pas un groupe ou une communauté pour atteindre l’homéostasie. Au contraire, la société est créée dans et à travers des troubles, des tensions, et d’autres types d’interactions entre membres et leur mode de communication.

Il est évident que Serge Moscovici s’est référé à la cybernétique lorsqu’il élaborait sa théorie des représentations sociales. La communication et le langage basés sur plusieurs types des tensions entre locuteur et auditeur sont essentielles pour le concept des représentations sociales. Les représentations sont formées, maintenues et changées dans et à travers le langage et la communication.

Les interactions hétérogènes entre groupes et leurs contextes spécifiques produisent une variété de styles de pensée et de communication. Certains styles sont basés sur les consensus, les autres sur les dissensus et les contradictions. La communication n’amène pas forcément à une meilleure compréhension, à une harmonie et au progrès.

Contrairement au modèle de l’escalier de la connaissance vers la science et de la “vraie connaissance” qui sont adoptées par exemple par Durkheim et Piaget, la théorie des représentations sociales ne présuppose pas le progrès vers une forme supérieure. Elle présuppose par contre une transformation d’un type de connaissance à un autre ;  cette transformation est liée aux conditions culturelles et socio historiques spécifiques.

Moscovici appelle ce type de pensée et de communication divers polyphasie cognitive. On peut le définir comme une coexistence simultanée et dynamique de modalités différentes de pensée et de connaissances tels que le traditionnel et le moderne, ritualistique et scientifique. Elle se caractérise par tension, conflit et contrainte au lieu de l’équilibre et de l’adaptation. D’ici on voit bien comment la cybernétique affecte fortement le concept des représentations sociales.

De l’attitude vers représentations sociales

Dès son premier article (1952), contrairement à ce que lui avait conseillé son directeur de thèse, Moscovici a exprimé son mécontentement à l’égard de l’utilisation d’échelles pour examiner les opinions et les attitudes envers la psychanalyse. Les résultats d’échelles donnent la réponse oui-non ; les échelles s’intéressent au mesurage mais ne nous permettent pas d’apprendre comment pensent les individus.

A ce moment là, Moscovici a découvert l’échelle de Guttman. Il l’a trouvée originale car elle a échantillonné les idées au lieu des attitudes. Guttman essaie de déceler les structures des items qui concernent les sujets interrogés. Les modèles, dont les items sont regroupés représentent les Gestalts significatifs. Partagés socialement, ils montrent le degré de structure du phénomène social. Ceci est un concept de la cybernétique de Wiener et Moscovici la retrouve également dans l’échelle de Guttman.

Moscovici a compris que l’échelle de Guttman offre une approche qui encourage l’étude de réseaux et d’interactions entre items, de l’évaluation et de la transformation des connaissances. De manière importante, il ne s’agit pas d’informations neutres mais de connaissances pleines de valeurs que les groupes et les sociétés accumulent dans et à travers la culture de plusieurs générations.  

Moscovici a prudemment présenté le concept de l’échelle de Guttman dans ses premiers articles en exposant également ses questions et son refus vis à vis de l’attitude comme concept qui ne convenait pas à son travail de thèse. Il a effectivement développé une nouvelle pensée à l’encontre de la connaissance et des pratiques de recherches qui ont été déjà établies.

Moscovici n’a jamais eu l’intention de valider la psychanalyse comme bien ou non. Ce qui l’a préoccupé depuis le début, c’est de capturer les représentations sociales, un phénomène dynamique et hétérogène dont épistémologie n’est pas compatible avec les études des attitudes.

Cependant, il n’a pas été facile pour Moscovici en tant que réfugié venant d’arriver à Paris de présenter ses idées opposées aux perspectives déjà établies à ce moment là en France. Avec Claude Faucheux, il a présenté l’approche de Guttman à Claude Levi-Strauss qui l’a trouvée révolutionnaire. Par contre il n’a pas accepté la théorie des représentations sociales fondée sur le sens commun et non sur la science.

Aujourd’hui dans le monde d’intellectuels qui accepte les idées de Moscovici, les attitudes et les représentations sociales sont souvent confondues. Parmi ceux qui savent qu’elles ne sont pas le même concept, on entend leur éternelle question : quelles sont les différences entre attitudes et représentations sociales? On ne pourra pas donner une liste de caractéristiques similaires et différentes entre deux variables….

A télécharger : REPRESENTATIONS SOCIALES-UNE INTRODUCTION

 

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