Science et sens commun, scientifique et profane, bourgeoise et prolétaire

Serge Moscovici a bâti la théorie des représentations sociales sur un riche ensemble de présuppositions. L’épistémologie de sa théorie s’est fondée sur les ressources intellectuelles disponibles pendant qu’il élaborait cette théorie.

Dans la conversation avec Ivana Markovà (1998), Moscovici cite quatre ressources intellectuelles qui singularisent la théorie des représentations sociales des autres approches de la psychologie sociale : (a) science et sens commun, scientifique et profane, bourgeoise et prolétaire ; (b) la phénoménologie ; (c) la cybernétique ; et (d) l’attitude et l’échelle de Guttman. 

Science et sens commun, scientifique et profane, bourgeoise et prolétaire

Comme dit précédemment dans L’origine du concept , c’est l’étude des tensions des relations dyadiques qui constitue le défi et la spécificité de la psychologie sociale pour Moscovici.

Les représentations sociales, sa première théorie avec laquelle il a présenté son approche de psychologie sociale a commencé par une de ces tensions : la tension entre les sciences et le sens commun qui précède effectivement la construction des représentations sociales.

Son vécu pendant la guerre l’a fait réfléchir sur l’impact de la science sur la culture populaire, comment elle a changé l’esprit et les comportements d’individus, comment elle s’est intégrée à notre système de croyance. En ce moment là, il existait deux positions claires sur ce sujet.

Premièrement, c’est la position marxiste. Selon Moscovici, les marxistes étaient méfiants de la connaissance spontanée des profanes. Pour eux, la connaissance spontanée doit être dépouillée de ses irrationalités populaires, religieuses et idéologiques.

Ils ne croyaient pas que la diffusion ou la communication de connaissances pourrait augmenter le niveau de connaissance publique. Ils sont convaincus que la pensée scientifique remplacera finalement la connaissance commune.

La deuxième position est celle que l’on pourrait appeler la position d’illumination. Le savoir scientifique dissipe l’ignorance, la fantaisie ou l’erreur du savoir non scientifique par le moyen d’une communication ou d’éducation. Son objectif est de transformer la masse des gens en scientifiques.

En même temps, les gens voient la diffusion de savoir scientifique ou ce que l’on appelle souvent vulgarisation comme une sorte de dévalorisation ou déformation du savoir scientifique. Lorsqu’une science se répand dans une aréna sociale, elle devient polluée et dégradée car les gens ont du mal à l’assimiler. La connaissance commune est vue comme mauvaise et contagieuse.

Cette deuxième position est plus générale dans le sens où elle est adoptée “presque” universellement. Les érudits français n’y échappent pas. Non seulement ils voient la science et le sens commun comme des phénomènes distincts mais la science est supérieure au sens commun. Moscovici est contre cette attitude. Il promeut une perspective du développement continu de la pensée du sens commun à la science.

Moscovici voulait réhabiliter le sens commun et d’autres formes de la pensée quotidienne. Ce qui définit une culture et ce qui nous mène à la transformation d’un code de réalité à l’autre d’après lui n’ont rien à voir avec des idéologies ou des univers réifiées.

Ce qui est important selon lui, c’est que lorsqu’une idée entre dans le sens commun, lorsqu’une pensée scientifique est enfin diffusée dans la pensée quotidienne. C’est ce passage du savoir scientifique au savoir profane et le procès de la diffusion qui l’intéresse.

Moscovici a choisi la psychanalyse pour comprendre cette transformation. La psychanalyse convient particulièrement à explorer la tension entre la science et le sens commun. Elle est fort controversée et largement discutée. Elle a suffisamment d’affinités avec le sens commun pour que les profanes aient leur propre perspective.  

La psychanalyse met également en lumière une autre tension : science bourgeoise et prolétarienne. Lorsque Moscovici a construit la théorie des représentations sociales, les deux termes ont été validés par la partie communiste française. La psychanalyse a été considérée comme une science bourgeoise.

La distinction entre la science bourgeoise et prolétaire n’est pas claire. Elle a été déterminée par ses partisans comme une sorte de lutte de classe. En effet, le point de vue de Marxiste-Leniniste est que les prolétaires sont spontanés et ne sont pas capables de penser rationnellement et scientifiquement.

A ce jour, le sujet de la science prolétarienne n’a jamais été résolu mais l’opposition à l’idée que les profanes ne savent pas réfléchir est une ressource intellectuelle essentielle dans le développement de la théorie de Moscovici.

Corrigé par ma chère maîtresse, Elisabeth P

A télécharger : REPRESENTATIONS SOCIALES-UNE INTRODUCTION

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :