Franglais

C’est vrai que “franglais” me déçoit, car je suis venue en France pour parler en français et non pour parler le franglais…

Sept  ans depuis mon arrivée en France, j’ai tout fait pour bien parler le français. Je le dois à beaucoup de gens (famille, amis, professeurs) qui m’ont aidés et qui m’aident toujours à maîtriser cette langue. Pour moi, la langue française n’est pas seulement une jolie langue mélodieuse et agréable à entendre. Elle est aussi poétique et philosophique.

Malheureusement, ces dernières années, je lis partout des mots anglais et j’entends souvent, non seulement dans les médias mais aussi, et surtout, au sein de mon entourage, des gens qui insèrent dans chacune de leurs phrases, ou presque, un ou plusieurs mots anglais.

Il s’agit ici d’une mode verbale, d’une forme de « xenoglossophilia »** que je redoute risque de détruire peu à peu la langue française.

Dans un article du magazine « L’express », le philosophe Michel Serres a déjà lancé un cri d’alarme en arguant que le « franglais » menace la langue française. Dans cet article, il a cité J. Saget : Un pays qui perd sa langue perd sa culture perd son identité ; un pays qui perd son identité n’existe plus ». Michel Zink partage le même désappointement :  la langue française risque devenir une langue morte . 

Je me rappelle qu’il y a quelques années, les Indonésiens, ou les Jakartanais pour être plus précis, ont commencé à insérer des mots anglais dans leurs phrases. Il suffisait d’incorporer un ou deux mots anglais dans une phrase pour selon eux l’embellir et en éprouver de la fierté.

Les érudits s’inquiétaient de ce phénomène. Ils ont défendu la langue indonésienne et ont invité les indonésiens à ne pas mélanger anglais et indonésien. Ils ont appelé les médias à montrer l’exemple. Un journal national a soutenu cet appel. Malheureusement cette lutte pour se défendre de l’invasion de la langue anglaise n’a pas duré longtemps.

Aujourd’hui, les enfants des familles aisées profitent d’une éducation particulière au sein des écoles internationales où les professeurs sont anglophones. Ils ne parlent qu’anglais non seulement à l’école mais aussi à la maison.

Leurs parents ont appris aussi la langue anglaise car parler anglais devient une forme de prestige, de renom et symbolise la réussite.

La bonne nouvelle, c’est qu’ils ne mélangent pas la langue anglaise et indonésienne. La mauvaise nouvelle pour ceux qui tiennent encore à la culture indonésienne, c’est qu’ils ne parlent pas du tout indonésien.

J’accentue ‘qu’ils tiennent néanmoins encore à la culture indonésienne’, car la société indonésienne à l’heure actuelle ne se soucie pas de cette perte si personne ne parle plus indonésien.

Les autres enfants dont la famille n’a pas les moyens suffisants pour les inscrire dans une école internationale ne peuvent donc pas profiter de l’apprentissage en langue anglaise. Cependant, ils entendent partout la langue anglaise, ils voient partout la langue anglaise, insérée dans chaque phrase indonésienne.

Beaucoup de mots indonésiens ont été remplacés par les mots anglais depuis plusieurs années. Ces générations parlent donc indonésien mais avec au moins un mot anglais dans leurs phrases sans savoir que ce sont des mots anglais.

Ils pensent qu’ils parlent indonésien normalement et correctement. Pourtant ils parlent une nouvelle langue, un mélange entre anglais et indonésien.

Et la culture indonésienne, existe-t-elle toujours? Dans les petites îles qui parlent encore leur langue locale, oui, mais pas dans des grandes villes et surtout pas à Jakarta, ma ville natale.

A chaque fois que je suis à Jakarta, j’ai l’impression d’être aux Etats-Unis. Je dois avouer que la culture et la mentalité américaines envahissent Jakarta et les autres grandes villes en Indonésie.

J’espère quand même que ce qui est arrivé en Indonésie n’arrivera pas en France… Ou peut-être ma crainte est-elle déjà devenue une réalité ?

Je rencontre encore tout de même des français bilingues qui ne pratiquent pas le “franglais”. Ils parlent anglais parfaitement lorsque la situation les oblige de le faire : dans une conférence, avec les touristes qui ne parlent pas du tout français, avec leur famille dans les pays d’origines (dont l’anglais est leur langue maternelle), ou avec les amis et les collègues anglophones.

Ces gens qui sont fiers, non de leur anglais, mais de la langue française, leur langue maternelle.

Ils défendent leur langue maternelle, non de façon rigide (être contre la langue anglaise, tout court, pour diverses raisons personnelles), mais en la parlant “correctement” : au niveau de la grammaire et bien sûr sans la mélanger avec une autre langue.

Ils comprennent qu’une langue peut être utilisée comme moyen de communication.

Mais surtout, ce sont les gens qui comprennent qu’une langue est l’identité d’une nation, qui montre la culture, la mentalité, la philosophie, le niveau de réflexion d’un pays et de soi-même en tant qu’individu… Je les apprécie grandement….

Merci à Arthur Varnier pour la correction.

** Xenoglossophilia = infatuation à une langue étrangère  (dans ce cas : anglais). Je ne connais pas le terme en français. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :