L’histoire de la psychologie légale – 2

Revenons à l’année 1917, William Moulton Marston a créé le test de la tension artérielle systolique pour détecter le mensonge grâce à l’idée de sa femme, Elizabeth Holloway Marston en raison du lien entre la tension artérielle et l’acte de mentir.

Cette invention sert de base à la création de détecteur de mensonges qui avait effectivement commencé en 1904 en Allemagne, Autriche et Suisse mais les résultats ont été jugés insatisfaisants (in Canter & Žukauskienė, 2008).

Marston est souvent sollicité devant le tribunal comme expert judiciaire. Il n’était effectivement pas le seul, Jaffé (2006) a noté que des psychologues avaient participé à la justice des mineurs depuis la création des premiers tribunaux pour enfants à Chicago en 1899. Cependant, le témoignage de Marston dans l’affaire Frye/les Etats Unis établit le critère du témoignage d’expert en psychologie.

Marston a aussi mené des recherches sur le système de jury et la précision de témoignages. En 1922, la psychologie légale est entrée à l’université aux Etas Unis comme discipline bien formelle ; William Marston en fut le premier professeur.

De 1922 aux années 1940, peu de psychologues ont apporté un travail remarquable dans le domaine de la psychologie légale. Il n’y a qu’Harold E. Burtt (1931) des Etats-Unis qui publia un ouvrage intitulé Legal Psychology.

Ce dernier a aidé le tribunal dans des affaires de contrefaçon de marque en menant des expérimentations pour déterminer si les articles en question pouvaient amener le public à la confusion.

Selon Rosenfeld et Panter (2011), cette étude expérimentale fut la première dans les recherches des jurys. En Russie, A. R. Luria (1932), fit des recherches sur l’affect de criminels qui venaient d’être mis en garde à vue. Il voulait distinguer les innocents des coupables.

Cependant, durant l’année 1930, plusieurs ouvrages furent publiés par les acteurs du domaine judiciaire notamment les avocats.

  • Hutchins et Slesinger (1928, 1929a, 1929b) rédigèrent des articles où ils ont appliqué les résultats des recherches psychologiques dans le champ judicaire.
  • Dwight Gaylord McCarty écrivit Psychology for the lawyer’s, M. Ralph Brown publia Legal Psychology: Psychology Applied to the Trial of Cases, to Crime and Its Treatment, and to Mental States and Processes. 
  • Huntington Cairns (1935) écrivit un livre très compréhensif et informatif, Law and the Social Sciences.

Puisqu’ils sont du domaine de droit, leur ouvrage est très important dans le développement de la psychologie légale. L’effet de leur persuasion pour que la loi puisse collaborer avec la psychologie est effectivement plus fort par rapport à l’effort de la psychologie elle-même pour entrer dans le champ judiciaire.

Ogloff (2003) remarqua qu’à la fin de l’année 1920, beaucoup de psychologues furent embauchés dans la faculté de droit. Ce fait est surprenant car aujourd’hui on trouve peu de psychologues dans cette faculté, sauf ceux qui ont fait des études de droit.

En effet, Bornstein et Penrod (2008) proposent de s’intéresser aussi aux contributions de non psychologues. Selon eux, on doit comprendre l’effet cumulatif d’une variété de forces. Il faut remarquer que l’histoire de la psychologie légale ci-dessus provient uniquement de la psychologie non médicale.

On pourra donc aussi y ajouter Lombroso avec sa recherche en criminologie en 1870, Hans Gross, un juriste et un criminologue qui fonda Institute of Criminology à Graz et publia un ouvrage intitula Psychologie criminelle (1898) et George Frederick Arnold, un juge qui écrivit Psychology Applied to Legal Evidence and Other Constructions of Law en 1906.

Ce dernier est un juge britannique qui devrait être plus connu dans la communauté légale que dans celle de la psychologie, mais sa connaissance dans ce domaine fut impressionnante (in Bornstein et Penrod, 2008).

Il ne faut pas oublier Édouard Claparède, un médecin neurologue et psychologue suisse qui fit des recherches en psychologie légale et même présenta le terme « la psychologie légale » en 1905.

De plus, Sigmund Freud (1906, in Walker & Shapiro, 2004) qui a aussi manifesté son intérêt pour l’intégration de la psychologie et la loi depuis 1906. Il a averti les juges en Autriche que leurs décisions étaient affectées par l’inconscience. Il leur a alors proposé que sa théorie de l’inconscience puisse les aider.

Il fait coïncider la fonction de thérapeutes avec celle de magistrats en suggérant que les techniques utilisées par les thérapeutes en découvrant les matériaux psychiques cachés peuvent être adaptées par des magistrats dans la procédure d’enquête (in Brigham, 1999, cité par Ogloff et Schuller, 2001).

Il a aussi dit que la psychologie pourrait devenir une bonne assistance dans la détection de l’honnêteté et de la déception.

La liste de l’histoire de la psychologie légale peut-être ne serait-elle jamais exhaustive si on lit des ouvrages et encore plus d’ouvrages. On pourrait toujours repérer d’autres spécialistes qui vont augmenter la liste.

On en détecte quelques-uns dans des ouvrages de pays européens que l’on ne trouve pas dans des ouvrages américains. Par exemple, autant que je le sache, aucun ouvrage américain ne parle de Hans Grosse ni d’Edouard Claparède. T

outefois, on remarque que la psychologie légale a fait très peu de progrès voire a été stagnante pendant les années 1940 et les années 1950 (Tapp, 1977 ; Ogloff, 2000 ; Kapardis, 2003). Ogloff même déclare que la psychologie légale existe dans deux mouvements : le premier au début du 20ème siècle et le second à la fin des années 1960.

Kapardis (2003) confirme qu’ayant commencé fin 18ème siècle, la participation de la psychologie dans le champ judiciaire s’accélère au milieu de l’année 1960 notamment en Amérique du nord, à la fin de l’année 1970 au Royaume Uni et au début de l’année 1980 en Australie.

Plus récemment, la psychologie légale se développe également dans les pays européens tels que les Pays-Bas, la Suède, l’Allemagne, l’Islande, l’Espagne… et aussi en Asie en particulier au Japon.

La Société Américaine de la psychologie et du droit (American Psychology-Law Society) a été créée en 1968, alors que l’Association Européenne de la psychologie et du droit seulement en 1992. Même l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont plus en avance en ayant fondé Australian and New Zealand Association of Psychiatry, Psychology, and Law en 1978 (in Kapardis).

Le climat intellectuel et social à cette époque-là joue un rôle important en poussant le développement de la psychologie légale beaucoup plus rapidement aux Etats-Unis. Costanzo et Krauss (2010) notèrent que l’affaire Brown / Board of Education aux Etats-Unis en 1954 fut un l’évènement clé dans la relation qui mûrit lentement entre la science sociale et la loi.

La cour suprême d’Etats-Unis vota à l’unanimité que mettre les élèves blanches et les élèves noires dans des classes séparées est une violation du quatorzième amendement de la constitution des Etats-Unis qui garantit la protection égale en vertu du droit.

En prenant cette décision, la Cour Suprême a pris en considération des recherches sociales telles que celle signée par 32 scientifiques sociales : The Effect of segregation and the consequences of desegregation : A social science statement.

Même si l’impact de ce document dans cette décision est mis en question, cet événement donna à espérer que le champ judiciaire dans ce pays serait ouvert aux recherches sociales y compris celles de la psychologie.

Pour la psychologie légale, cet événement est très important étant donné que deux psychologues Kenneth Bancroft Clark et Mamie Phipps Clark témoignèrent en tant que d’experts judiciaires dans l’affaire Briggs / Elliot, une des cinq affaires combinées à l’affaire Brown / Board of Education.

A Claude, merci d’avoir corrigé ce texte 😊

Vous pouvez lire également L’histoire de la psychologie légale – 1

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