Les formes de la rencontre entre psychologie et droit, les termes problématiques

Avec une croissance rapide dans des nombreuses actions que la psychologie a dans le champ judiciaire, il n’est pas facile de trouver des définitions ou des termes spécifiques et appropriés pour le mélange de ces deux disciplines.

Blackburn (1996) a essayé de la définir dans trois formes, ce sont « psychologie dans la loi », « psychologie et loi », et « psychologie de la loi ».

Selon lui, « la psychologie dans la loi » se réfère à l’application de la psychologie dans la loi, tels que la fiabilité de témoins, la condition mentale des criminels et le test de l’apte d’être parent (parental fitness) pour la garde d’enfant.

« La psychologie et la loi » comprend les études de la prise de décision des juges, les tactiques d’avocats et la prise en charge pour les criminels.

Alors que « la psychologie de la loi » examine comment la loi affecte la société et vice versa. Les thèmes à étudier : pourquoi on obéit ou désobéit à la loi, l’efficacité d’une loi, la perception publique de la peine capitale.

Concernant la psychologie médico-légale, Blackburn (1996) la définit en limitant sa portée dans le rôle de psychologues aux tribunaux. Sa définition n’est pas inappropriée si l’on se réfère à la signification de mot ‘forensic’ dont l’étymologie est latine. Ce mot signifie : publique, forum, tribun.

Néanmoins, il met de côté la psychologie médico-légale, tandis qu’il met l’attestation de psychologue de la condition mentale de l’accusé et l’apte d’être parent dans « la psychologie dans la loi ». Blackburn fait donc se chevaucher ces définitions.

Les psychologues témoignent sur ces choses-là aux tribunaux, cela signifie que cette activité de témoigner appartient à la psychologie médico-légale. En raison de ces recoupements, la définition de Blackburn se considère insatisfaisante.   

De plus, selon James R.P.Ogloff (2000, 2003), psychologue canadien et président de l’Association australienne et néo-zélandaise de la psychiatrie, la psychologie et la loi (Australian and New Zealand Association of Psychiatry, Psychology, and Law), ces termes sont problématiques. On veut dire par là que ce domaine n’est que la combinaison de la psychologie et de la loi. Pourtant cela n’est pas du tout vrai.

Les domaines de la psychologie et de la loi ont développé leur propre discipline qui, en empruntant massivement dans l’une et l’autre, réunit leurs éléments de manière unique et y ajoute considérablement à leur combinaison.

Cependant la définition de Blackburn (1996) aide à simplifier, à nous faire comprendre des nombreux termes qui apparaissent depuis que la psychologie est entrée dans le champ judiciaire. Il y a :

  • la psychologie de l’application de la loi ;
  • la psychologie des forces de l’ordre ;
  • la psychologie de l’enquête judiciaire ;
  • la psychologie correctionnelle ;
  • la psychologie de victime ;
  • la psychologie médico-légale ;
  • la psychologie légale ;
  • la psychologie du procès judiciaire, etc.

La psychologie de l’application de la loi comprend des activités des acteurs de la justice et des services de psychologie pour les acteurs de la justice,  ainsi : le test psychologique pour les candidats policiers, la promotion, la mise à la porte et les interventions pour les policiers en problème (Nietzel, Bernstein et Milich 1998). De là, il naît le terme de la psychologie des forces de l’ordre.

La psychologie correctionnelle se concentre à la prise en charge psychologique des détenus, telles que la maîtrise de la colère, des stratégies de survie, etc. (Bartol & Bartol, 2006).

La psychologie médico-légale, selon Nietzel, Bernstein et Milich (1998), exécute les 6 analyses suivantes : (a) la compétence d’assister au procès et d’être responsable de son crime ; (b) les effets psychologiques d’un événement traumatique ; (c) la compétence mentale dans la situation non criminelle telle que la capacité de gérer ses finances et de prendre la décision d’être soigné ; (d) l’autopsie psychologique pour découvrir la cause de la mort (suicide, meurtre, accident) ; (e) le profilage criminel, un profilage de caractéristiques psychologiques d’auteur pour faciliter des policiers en trouvant les suspects ; et (g) l’analyse de la compétence d’un parent : que quelqu’un “mérite” d’être parent, pour décider du droit de garde des enfants. En se référant à l’explication de Nietzel, Bernstein et Milich, la psychologie de l’enquête judiciaire et la psychologie de victimes font partie de la psychologie médico-légale.

Myers (2008), lui, se sert du terme de psychologie légale pour parler de l’étude des aspects psychologiques qui affectent les jugements légaux, la précision de témoignage, celle du détecteur de mensonges, les façons des policiers de poser les questions dans le procès d’enquête, etc. tout ce qui se passe tout au long de la procédure judiciaire. La psychologie légale selon lui est née de recherches expérimentales des laboratoires de la psychologie sociale. Venant des recherches dans le domaine de la psychologie légale, le terme de psychologie du procès judiciaire a été créé. Ce domaine se focalise ses recherches sur les aspects qui peuvent influencer la décision de juges et jurys (Nietzel et al, 1998).

Les psychologues en Amérique du Nord prennent la psychologie médico-légale comme un dérivé de la psychologie clinique. Elle se concentre sur l’application de connaissances et des compétences cliniques aux acteurs légaux. Pour eux, la psychologie légale se réfère à l’application des recherches expérimentales des laboratoires de psychologie sociale dans la procédure judiciaire. Pourtant le rôle de la psychologie dans le champ embrasse tous les termes cités précédemment.  

En effet, la psychologie médico-légale et la psychologie légale sont les deux termes utilisés de façon interchangeable en parlant de toutes les activités de la psychologie dans le champ judiciaire. Certains psychologues portent le terme de la psychologie médico-légale pour embrasser tous ces activités. Anne M. Bartol et Curt R. Bartol (1987, 2004) et aussi Lenore E. Walker et David Shapiro (2004) font partie de ce groupe.

Walker et Shapiro affirment que la psychologie médico légale est un domaine qui se sert des études de la psychologie sociale et des compétences apprises de la psychologie clinique. Alors que Bartol et Bartol (2004) avouent que les psychologues préfèrent utiliser le terme de la psychologie médico-légale de façon plus restrictive. Ils insistent pour utiliser le sens plus large du terme qui englobe non seulement les psychologues cliniques mais aussi les psychologues sociaux, cognitifs, expérimentaux, scolaires, et du travail ; quelques-uns mais pas tous, sont cliniciens (p.5 ).  

Par ailleurs, Ogloff (2000, 2003) impose le terme « psychologie légale » et trouve qu’il peut poser un problème s’il n’est pas bien défini. Selon lui, ce terme est le plus approprié car il est suffisamment vaste pour couvrir tous les domaines de l’interface de la psychologie et la loi et montre l’indépendance de ces deux disciplines à la fois (in Ogloff et Schuller, 2001). L’emploi du terme de la psychologie légale pour couvrir toutes les activités des psychologues dans le champ judiciaire se trouve plutôt en dehors des Etats-Unis : l’Australie, le Canada, le Portugal, la Lituanie, la Chypre, et aussi la France.

En Europe, le terme psychologie médico-légale n’est pas commun à part quelques pays. L’Espagne par exemple, l’utilise dans sa langue « psicologia forense ». La psychologie judiciaire, la psychologie criminelle et la psychologie légale sont plutôt les trois termes employés. Il est intéressant à noter qu’Édouard Claparède de Suisse présenta le terme « la psychologie légale » en 1905 pour réunir les deux autres termes. Il écrivit La psychologie judiciaire, mais dans cet ouvrage, il distingua la psychologie judiciaire et la psychologie criminelle puis déclara que le terme psychologie légale est le plus approprié lorsqu’il embrasse les deux autres termes. Selon lui, la psychologie judiciaire est une partie de la psychologie appliquée au droit qui comprend étude psychologique des faits relatifs à l’activité judiciaire, tandis que la psychologie criminelle est la science du criminel et de la criminalité. Ces deux disciplines ensemble seraient réunies sous le nom général de psychologie légale, selon Claparède (p.276).  

En France, J.L Viaux (2003) a proposé le terme de la psychologie légale. Dans son ouvrage, Psychologie légale, il a introduit ce terme, il en donne la définition et trace les contours de son étude. Il s’est motivé après avoir constaté qu’en effet, il existe des psychologues qui travaillent dans le champ judiciaire mais ne se réfèrent pas ni à un même champ conceptuel ni à un champ pluridisciplinaire interne à la psychologie.

Même si les laboratoires de psychologie sociale produisent des travaux sur le témoignage ;  la plupart des psychologues cliniques qui font des expertises de crédibilité les ignorent.

C’est pourquoi il a introduit la psychologie légale, qui selon lui, ne s’identifie pas comme un domaine nouveau mais comme une position épistémique différente et complémentaire de la criminologie classique (p.12). L’objet de la psychologie légale est de s’intéresser à ce qui lie en toutes circonstances, le Sujet et la Loi. Il utilise le « et » pour montrer qu’il réside toutes les conjonctions possibles entre ces deux termes.

Cette étude se tient à l’usage du terme de la psychologie légale définie par Viaux (2003) en tenant compte des idées d’Ogloff (2000, 2003) et de Claparède (1905). La psychologie légale se définit donc comme la psychologie dans le  champ judiciaire qui prend en compte non seulement des objets et des thèmes judiciaires (le crime, la déviance, l’effet du divorce, le témoignage, etc.) mais aussi le justiciable, sujet de la loi et sujet psychologique (Viaux, p.12).

Chère Claude, merci d’avoir corrigé ce texte 😘

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